Carnet 11 : Helsinki la froide s’apprête à savourer ses trois petits mois d’été

Ce carnet de voyage se compose pour chaque ville d’un court billet décrivant une impression ressentie dans les capitales européennes ou d’un thème évoqué lors de mes rencontres avec leurs habitants.

Tuomiokirkko, le symbole d’Helsinki


Helsinki est la capitale européenne la plus septentrionale, même si Stockholm et Tallinn ne sont pas loin. Son climat est donc extrême : cinq heures d’ensoleillement par jour en janvier (lorsque le thermomètre flirte avec les -30°C !) puis de la neige dans les rues jusqu’à fin avril, par opposition au jour quasi éternel deux mois plus tard, au moment du solstice d’été. Il était impossible de ne pas évoquer le climat scandinave, au cœur de toutes mes discussions avec les locaux.

Les Finlandais sont les premiers à établir un lien de causalité entre la rigueur de leurs conditions de vie hivernales et leur attitude. Certes, ils n’affolent plus les compteurs du nombre de suicides autant que par le passé (18 suicides pour 100 000 habitants par an, soit 40% de moins qu’en 1990 et à peine plus qu’en France). Ils demeurent néanmoins les premiers consommateurs d’alcools forts en Europe et, si les conséquences du froid et de l’isolement sont moins tragiques que par le passé sur un plan purement statistique, les Finlandais restent déprimés à la simple évocation de leur interminable hiver.

Dire que les Finlandais eux-mêmes sont froids est hasardeux, car ce jugement ne reposerait que sur mon expérience très courte d’Helsinki et, comme partout, le hasard des rencontres influence énormément mes rapides impressions. Pourtant, le contact n’est pas aussi immédiat et chaleureux qu’avec les Méditerranéens. Il n’est pas étonnant de constater que les Européens du sud apparaissent comme les Européens les plus éloignés pour tous les jeunes scandinaves que j’ai interrogés (et inversement).

En traversant la Finlande, j’ai donc ressenti une distance plus importante avec l’Europe occidentale que lors des étapes précédentes. L’attitude des Finlandais n’est pas le seul facteur de cet éloignement, qui se manifeste également par la langue. Avec l’estonien et le hongrois, le finnois est l’une des langues non indo-européennes de l’Union. Le visiteur se retrouve absolument sans repaire, à moins de deviner quelques racines germaniques dans le suédois écrit, deuxième langue officielle que la Finlande a conservé de son passé d’ancienne colonie suédoise.

Relativement éloignée géographiquement et linguistiquement de l’Europe occidentale, la Finlande a cependant affirmé son ancrage à l’ouest au cours du XXe siècle. Lors des révolutions russes de 1917, la Finlande acquiert une indépendance qu’elle a chèrement défendue contre les attaques de l’URSS (Guerre d’hiver en 1939) puis l’occupation militaire de l’Allemagne nazie et qu’elle a conservée en 1947 contrairement aux trois Pays baltes. Depuis la Guerre froide, la Finlande a adopté une position de neutralité, qui se traduit par exemple par sa non-intégration dans l’OTAN.