Carnet 16 : Prague l’athée possède encore certaines des plus belles églises et synagogues d’Europe centrale et orientale

Ce carnet de voyage se compose pour chaque ville d’un court billet décrivant une impression ressentie dans les capitales européennes ou d’un thème évoqué lors de mes rencontres avec leurs habitants.

L’attachement exceptionnel de la France à la laïcité nous fait parfois oublier que la religion conserve une place prépondérante dans la sphère publique de certains pays européens. A l’inverse, l’athéisme est généralisé dans plusieurs Etats d’Europe de l’est, et notamment en République tchèque, dont la population se présente comme la plus athée du monde. Les chiffres sont contradictoires, mais les athées seraient majoritaires : à peine un tiers des Tchèques se déclarent croyants, alors que plus de 60 % des Français se définissent comme catholiques.

Pour en avoir discuté avec mes hôtes praguois, le passé communiste et l’éducation dans un environnement non religieux sont les deux explications les plus évidentes à l’athéisme tchèque. Ces facteurs doivent cependant être nuancés, car la Pologne voisine, autre pays de l’ancien bloc soviétique, compte l’une des populations les plus pratiquantes d’Europe. L’Eglise polonaise a toujours défendu la nation au cours d’une histoire traumatisante et la figure de Karol Wojtyla (Jean-Paul II) a beaucoup compté dans la résistance au régime communiste.

En République tchèque (et en Slovaquie), la distance envers le fait religieux est plus ancienne. Catholique au Moyen-Age, Prague a été sensible aux critiques formulées par Jan Hus – un précurseur de la Réforme – à l’encontre d’une institution corrompue, puis se convertit au protestantisme tout en étant influencée par la forte présence juive. Au XVIIe siècle, les Habsbourg ont imposé une implacable recatholicisation, contraignant les hussites à l’exil. Ainsi, là où l’Eglise a opéré comme un ciment du nationalisme polonais, elle a été rejetée par la résistance tchécoslovaque contre l’empire des puissantes élites de l’empire des Habsbourg.

Si les religions sont moins présentes dans la société tchèque, les bâtiments religieux font pourtant partie, comme ailleurs, du patrimoine culturel et architectural de Prague. A ce titre, il ne faut manquer ni les synagogues du quartier Josefov, ni la Cathédrale du château, la Cathédrale Sv Mikulas et l’église Tyn.