Carnet 23 : Sofia la maternelle peine à retenir ses meilleurs enfants

Ce carnet de voyage se compose pour chaque ville d’un court billet décrivant une impression ressentie dans les capitales européennes ou d’un thème évoqué lors de mes rencontres avec leurs habitants.

 

Les trains bulgares sont toujours en retard, m’a-t-on prévenu. L’adage s’est vérifié : une heure de retard au départ de Bucarest, trois heures à l’arrivée à Sofia. L’occasion de profiter pleinement du paysage verdoyant surplombé par le Mont Vitosha (2290m).

En sortant de la gare ferroviaire totalement délabrée de Sofia, on ne s’attend pas à visiter une grande ville européenne. Pourtant, la capitale bulgare est bien une très grande ville. Il s’agit même de la septième ville la plus peuplée de l’UE avec 1,4 million d’habitants, soit près de 20% de la population du pays.

La croissance démographique de Sofia dans les années 1960-1970 a repoussé les habitants hors d’un centre réduit dont on fait le tour à pied. A l’image de la situation de nombreux pays en développement, les quartiers flambant neufs où stationnent des berlines rutilantes côtoient des immeubles d’habitation vétustes. Les inégalités se creusent alors que le pays le plus pauvre de l’UE conserve une croissance économique voisine des 3%.

La crise est toutefois présente. Elle revêt un autre visage qu’en Europe occidentale : la fuite des cerveaux. L’entrée de la Bulgarie dans l’Union européenne en 2007 a démultiplié les opportunités d’études et de voyages à l’étranger, notamment pour les bons élèves ayant fréquenté les lycées internationaux. Ils sont très nombreux à faire le choix d’Andrey et Anna et à s’exiler au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis pour recevoir une formation que le système universitaire bulgare ne peut pas leur donner. Ils ne reviennent dans leur pays que pour les grandes vacances en famille et entre amis.

Ivaylo m’a raconté une blague qui circule chez les jeunes Bulgares : « Il y a deux façons de sortir de la crise en Bulgarie. Le terminal 1 et le terminal 2 de l’aéroport international de Sofia. » Ces jeunes cerveaux ambitieux reviendront-ils travailler au développement de la Bulgarie une fois leurs études terminées ? Rien n’est moins sûr.