Carnet 24 : Istanbul la croissante n’attend plus l’Europe pour se développer

Ce carnet de voyage se compose pour chaque ville d’un court billet décrivant une impression ressentie dans les capitales européennes ou d’un thème évoqué lors de mes rencontres avec leurs habitants.

Le pont sur le Bosphore qui relie l’Europe à l’Asie

Pendant longtemps, l’idéal européen a représenté l’avenir pour les Turcs. Modernisée et laïcisée par Mustafa Kemal Atatürk, la Turquie participe aux premiers projets européens. Elle compte parmi les fondateurs de l’Organisation européen de coopération économique (OECE) en 1948, adhère au Conseil de l’Europe en 1949, à l’OTAN en 1951, puis dépose une demande d’association avec la Communauté économique européenne (CEE) en 1959, qui aboutit à l’accord d’Ankara de septembre 1963, première étape vers une future intégration.

La demande d’adhésion turque à l’Union européenne date de 1987, mais n’a été reconnue qu’en 1999, lors du sommet d’Helsinki. Il faudra attendre 2005 pour le début des négociations thématiques, qui suivent un rythme chaotique et dépendent notamment de l’évolution de la Turquie sur Chypre. Les négociations pourraient durer plus de dix ans supplémentaires, à moins que l’une des deux parties ne décide de les arrêter d’ici là, tant la question divise les Européens, au-delà des clivages traditionnels entre progressistes et conservateurs, entre fédéralistes et intergouvernementalistes.

Les Turcs aussi sont désormais divisés sur la perspective d’intégration qui fédérait une très large majorité de la population turque il y a encore une décennie. Parmi ceux que j’ai interrogés, certains restent persuadés que l’adhésion à l’UE reste la meilleure option pour la Turquie, mais  les autres ont évoqué le sentiment d’humiliation qu’ils ressentent à chaque report des négociations ou de la motivation religieuse des réticences européennes.

Une autre raison motive la perte d’attractivité de l’Europe : l’économie. Profitant de la mise en place des réformes exigées par l’UE et de la mondialisation, la Turquie se développe rapidement et connaît une croissance économique supérieure à 10%, alors que la crise frappe toutes les économies européennes.

Au sein de l’UE, la crise économique et financière que traverse l’Europe a relégué l’adhésion turque au second plan pour le moment. En cas d’intégration, la Turquie serait le deuxième pays le plus peuplé d’Europe (plus de 78 millions d’habitants), et son poids politique nécessiterait une profonde réforme des institutions, improbable à court terme. Lorsque la question se reposera à moyen terme, elle aura peut-être changé : les Turcs voudront-ils toujours de l’Europe ?