Carnet 26 : Athènes l’indignée doit changer ses mauvaises habitudes pour bénéficier de la solidarité européenne

Ce carnet de voyage se compose pour chaque ville d’un court billet décrivant une impression ressentie dans les capitales européennes ou d’un thème évoqué lors de mes rencontres avec leurs habitants.

Au centre de la crise d’endettement des pays de la zone euro depuis fin 2009, la Grèce s’annonçait dès le début du projet comme l’une des étapes phares du voyage. J’ai atteint Athènes la première semaine de juillet. Malgré la température élevée, les tensions s’étaient apaisées par rapport aux manifestations violentes du mois de juin. Située devant le Parlement, la place Syntagma accueillait ces jours-là davantage de vendeurs à la sauvette que d’indignés. S’il n’y avait pas eu la grève des chauffeurs de taxi et quelques reliques d’affiches révolutionnaires, j’aurais eu bien du mal à réaliser que je me trouvais au QG de la contestation des politiques d’austérité dictées par Bruxelles et Francfort.

L’Europe restait un sujet sensible. Plusieurs jeunes ont refusé de témoigner devant la caméra, même parmi ceux avec qui j’étais en contact avant mon arrivée. Lorsque Sarantis m’a confirmé le lieu de notre premier rendez-vous dans les locaux du site EurActiv.gr, il m’a expliqué que l’adresse était tenue secrète par peur de représailles. Pourtant, il m’expliquait que les Grecs ne sont pas devenus anti-européens au cours de cette crise : moins d’un quart des citoyens se revendiqueraient comme tels (de nombreux pays, y compris en Europe occidentale, ont des opinions plus divisées sur la construction européenne). En revanche, les Grecs sont réellement déçus et révoltés d’être tenus à l’écart des décisions qui leur sont imposées.

Les sacrifices sociaux exigés à la population sont à la hauteur de la dette abyssale contractée par la Grèce depuis son entrée dans la zone euro et notamment lors de l’organisation des Jeux Olympiques d’Athènes en 2004. La complicité de certains acteurs financiers et -il faut bien le dire- des autres gouvernements européens dans le maquillage des comptes publics grecs est déjà bien connue, mais les citoyens eux-mêmes ne sont pas exempts de tout reproche.

J’ai pu constater sur place à quel point la fraude fiscale était généralisée. Lorsque vous commandez un café frappé pour vous désaltérer, vous êtes priés de payer en liquide. Si vous demandez un reçu, c’est plus cher, car la transaction est déclarée et le commerçant n’échappera pas à l’impôt. Finalement, l’acheteur et le commerçant retirent tous les deux un intérêt de ce petit marché noir. Etendez le même principe à l’ensemble des échanges commerciaux, en passant par le tourisme qui fait tourner l’économie de la Grèce, et vous comprendrez que les caisses de l’Etat ne se remplissent pas à cause de cette fiscalité défaillante.

Telle est donc la difficile équation de la crise grecque depuis de trop nombreux mois : mener à bien de profondes réformes de la structure économique et fiscale du pays pour que les politiques de solidarité européennes soient efficaces et justes vis-à-vis des efforts des pays du nord de l’Europe dont les finances publiques ont été plus rigoureusement gérées, sans pour autant déposséder totalement les citoyens grecs de leur droit de regard démocratique.