Carnet 27 : Rome l’éternelle doit retrouver son illustre rang

Ce carnet de voyage se compose pour chaque ville d’un court billet décrivant une impression ressentie dans les capitales européennes ou d’un thème évoqué lors de mes rencontres avec leurs habitants.

De toutes les capitales de l’Union européenne, Rome était celle que je connaissais le mieux. Le fait que de nombreux jeunes rencontrés en Europe du nord et de l’est plaçaient l’Italie et la Grèce parmi les pays européens dont ils se sentaient le moins proche m’avait d’ailleurs surpris, tant l’Antiquité gréco-romaine occupe une place prédominante dans le parcours scolaire français (qui plus est lorsque l’on est latiniste).

Rome est une ville hors du temps. Tout ce que j’avais visité quelques années auparavant était encore là, comme si rien n’avait bougé. Du Colisée à la Piazza del Popolo, de Saint-Pierre à la Fontaine de Trévi, j’ai revu avec plaisir tous les classiques, sous un soleil de plomb. Puisque je connaissais déjà une large partie de la ville, j’en ai profité pour cibler ce que je n’avais jamais visité : l’intérieur de la Villa Médicis, qui abrite le centre culturel français, et le Palatin, l’une des sept collines de Rome sur laquelle se trouvaient les plus belles demeures impériales et patriciennes.

Mais l’Italie et sa capitale ne doivent pas être réduites à leur gloire passée. Membre fondateur de l’Union et troisième puissance économique de la zone euro, le pays compte plus de 61 millions d’habitants, c’est-à-dire un tout petit moins que la France et le Royaume-Uni. Pourtant, vu de Paris, seule l’Allemagne et le Royaume-Uni lorsqu’il s’intéresse aux affaires européennes sont des partenaires au niveau de la France. L’Italie est reléguée au rang de puissance moyenne.

Un brin taquin, j’ai posé la question aux jeunes Italiens que j’ai eu la chance de rencontrer. Etonnamment, ils semblaient assez résignés à l’idée que leur pays n’était qu’une puissance moyenne, de second rang, qui a perdu toute influence dans les processus décisionnels européens. La toute-puissance du couple franco-allemand dans la prise d’initiative est à ce titre un véritable problème. On ne peut pas se donner comme objectif de réconcilier les citoyens avec une Europe perçue comme trop lointaine et trop arrogante si son fonctionnement est dicté conjointement par Bruxelles, Paris et Berlin. C’est la raison pour laquelle il faut continuer à confier d’avantage de pouvoir au Parlement européen, seule institution européenne élue au suffrage universel direct.