Carnet 28 : La Valette la stratégique entend faire porter sa voix dans une grande Europe

Ce carnet de voyage se compose pour chaque ville d’un court billet décrivant une impression ressentie dans les capitales européennes ou d’un thème évoqué lors de mes rencontres avec leurs habitants.

 

Mon périple européen s’est achevé à Malte, sous le soleil du mois de juillet. Une parfaite conclusion dans l’eau de mer chauffée à 28°C ! Certes, Malte est le plus petit et le moins peuplé des Etats membres de l’Union européenne. Pourtant, les huit petites îles de l’archipel maltais ont une histoire très riche à partager. Stratégiquement situées en plein centre de la Méditerranée, entre la Sicile et la Tunisie, elles ont été très convoitées depuis l’Antiquité.

Le nom « Malte » proviendrait de malat, le « lieu sûr » que les Phéniciens ont utilisé dès le IXe siècle av. JC. L’archipel est tour à tour contrôlé par les Grecs, puis les Carthaginois de 400 av. JC jusqu’à la victoire des Romains lors des Guerres puniques. Après la chute de l’Empire romain d’Occident, ce sont les Vandales et les Ostrogoths qui récupèrent Malte, puis les Byzantins de 533 à la conquête arabe en 869. En 1091, le comte normand Roger de Hauteville reconquiert l’archipel, qui est ensuite rattaché à la Sicile en 1127. Ainsi débutent quatre siècles de rechristianisation et d’influence italienne.

En 1530, Charles-Quint installe l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem à Malte afin de garder un contrôlé chrétien sur la Méditerranée face à l’expansion des Ottomans, qui assiègent l’île en 1565. Dix fois moins nombreux que leurs assaillants turcs, les chevaliers de l’Ordre dirigé par Jean Parisot de La Valette (qui donnera son nom à la capitale maltaise fondée l’année suivante) résistent et triomphent.

Opposé à la domination de Bonaparte sur l’Italie en 1798, l’Ordre de Malte se place sous la protection de la Russie, puis de la flotte britannique qui déloge l’armée française dès 1800… avant de rattacher Malte à l’Empire britannique. La colonisation britannique est mal vécue par les Maltais, qui obtiennent l’indépendance en 1964 en restant dans le Commonwealth. Dix ans plus tard, Malte devient une République en plaçant à sa tête un président élu en 1974. Malte fait partie des dix Etats à avoir rejoint l’UE en 2004.

L’histoire de Malte est fascinante en raison des brassages culturels qu’elle a connu. La langue maltaise, qui reste parlée par les locaux entre eux malgré le caractère officiel reconnu à l’anglais, s’est formée au cours des deux siècles de présence arabe, entre 869 et 1091. L’identité maltaise est également indissociable de la religion catholique, qui s’est développé pendant les siècles de proximité avec l’Italie et la Sicile et qui demeure omniprésente dans les rues de la Valette et les références sociales (Malte n’a légalisé le divorce que cet été, lors d’un référendum timidement approuvé à 53%). Enfin, les symboles britanniques sont toujours visibles au quotidien (circulation à gauche, cabines téléphoniques rouges…).

La Valette s’inscrit donc au confluent des histoires et des cultures méditerranéenne, latine, arabe, chrétienne et anglo-saxonne et offre une synthèse sans équivalent, sous des latitudes qui garantissent ensoleillement et baignade à longueur d’année.