D’où vient mon rêve européen ?

Autres questions récurrentes qui me sont régulièrement posées et qui méritent une réponse plus approfondie : d’où vient l’idée du projet et pourquoi avoir choisi ce nom ?

 

Je ne saurais dater avec précision ni mon premier souvenir européen, ni le moment où j’ai pleinement réalisé qu’en plus d’être Français, j’étais Européen.

Cette prise de conscience remonte probablement aux années de collège, lors des cours d’histoire-géographie. De la démocratie athénienne aux conflits du XXe siècle, en passant par les Croisades et la Renaissance italienne, nos professeurs nous ont enseigné une Histoire à dimension européenne. Pour nous qui sommes nés autour de la chute du Mur de Berlin, l’Europe divisée par le Rideau de Fer n’a existé que dans nos manuels scolaires. Même si nous n’en avions pas toujours conscience, nous sommes nés Européens, citoyens en devenir d’une Union déjà pacifiée et intégrée.

Nous avons profité de la disparition des frontières internes et du passage à la monnaie unique lors de nos premières expériences de mobilité continentale. Nos passions pour le sport, le cinéma ou la musique nous ont fait vibrer pour les exploits d’athlètes et d’artistes originaires du reste de l’Europe. Certains d’entre nous ont également eu la chance de vivre hors d’Europe et de ressentir une proximité plus naturelle avec nos voisins allemands, espagnols ou italiens qu’avec nos amis américains, russes ou japonais. En grandissant, nous sommes devenus Européens, acteurs d’une communauté riche de sa diversité.

Il existe incontestablement un mode de vie européen, basé sur la conjugaison d’institutions démocratiques, d’économies de marché régulées et de modèles sociaux inspirés par les mêmes valeurs humanistes. Je reprends à la fois le titre et l’analyse de Jeremy Rifkin en parlant de cet European Dream, qui se distingue à la fois de l’American Dream et des nouveaux modèles de développement des puissances émergentes. Le rêve européen dont il est question tout au long de ce projet n’est pas seulement un idéal politique lointain ; il existe déjà et nous profitons – parfois sans nous en rendre compte – de ses bienfaits.

 

Néanmoins, le « non » français au référendum sur le Traité établissant une Constitution pour l’Europe le 29 mai 2005 a fait apparaître une fracture profonde entre les élites et les classes moyennes et populaires, pour lesquelles l’Europe représente trop souvent une insuffisante protection dans la mondialisation, une cause du surenchérissement du coût de la vie, voire une menace pour l’emploi ou la sécurité. Ce divorce entre les citoyens et l’UE a durablement éteint les espoirs fédéralistes des partisans de l’intégration européenne. Je pense qu’il est temps de les rallumer !

Cependant, le discours politique traditionnel peine à dépasser le cadre des habituels sympathisants pro-européens, la bureaucratie bruxelloise et les acteurs financiers sont contestés, et les médias ont – à quelques remarquables exceptions près – tendance à ne parler d’Europe que lorsqu’elle est en proie à des tensions. En se focalisant sur les blocages institutionnels, les crises monétaires ou les désaccords diplomatiques, on finit par dégoûter les citoyens de l’Europe. Par conséquent, le projet de ce site répond à la conviction qu’un autre discours, plus positif, permettra de relancer l’Europe.

Le patrimoine culturel commun des Européens est insuffisamment mis en valeur. Pourtant, il est fondamental dans le processus d’identification individuelle et collective des citoyens à l’Europe, à notre Europe. Aujourd’hui, la méconnaissance de l’autre nourrit les tentations de repli nationaliste ou identitaire. Lorsque les citoyens ne comprennent plus la finalité des efforts communs à 27, leur solidarité s’effrite et l’Europe se désunit progressivement. Pour lutter contre cette mort à petit feu de l’idéal européen, le site et les entretiens du projet mettent l’accent sur le partage d’expériences positives, ainsi que sur la définition commune de ce que peut-être le rêve européen de notre génération.

 

Pour nos grands-parents, qui ont subi la Seconde Guerre mondiale, la paix en Europe tenait du rêve. Grâce à la vision et au courage politique des Pères fondateurs, ce rêve est devenu réalité. Si nous voulons bâtir une Europe plus démocratique, plus juste et plus influente dans le concert mondial, il faut retrouver le rêve européen et nous donner les moyens de l’atteindre. Même si le contexte actuel n’incite pas à l’optimisme – ou justement parce que le contexte actuel n’incite pas à l’optimisme – nous ne devons pas cesser de rêver d’Europe !