Mes réponses aux questions du projet

J’avais promis de répondre moi-même aux questions que je posais à chaque jeune du projet. J’ai tenté de faire une synthèse courte, qui mérite d’être approfondie en regardant quelques unes des 100 interviews du projet.

 

Peux-tu nous dire en quelques mots ce que l’Europe représente pour toi ?

Depuis que j’ai conscience de son existence, l’Europe représente pour moi un rêve politique : des pays et des peuples à la fois très proches et très différents, qui s’allient autour d’une ambition rationnelle pour mettre fin aux guerres qui les opposaient depuis des siècles et pour développer leurs échanges commerciaux et culturels. En disant cela, je relègue au second plan les définitions géographiques ou historiques, dont les périmètres sont contestables. Ma définition de l’Europe passe par des mots-clés : rêve, politique, paix, échanges, diversité, unité.

 

Que dit-on de l’Europe autour de toi/dans ton pays ?

En tant que membre fondateur et pays qui a beaucoup bénéficié de la construction européenne, la France se doit d’être un moteur ambitieux pour l’Europe, avec l’Allemagne et ses autres voisins les plus intégrés (Benelux, Italie, Espagne). Depuis 2005, le divorce est prononcé : l’Europe est rejetée car elle n’est pas comprise. Nous avons une vision trop franco-centrée de la construction européenne. Il faut découvrir nos voisins pour comprendre à la fois que l’Europe ne sera jamais la France en grand et que la France ne peut plus grandir que grâce à l’Europe.

 

Peux-tu nous raconter ton meilleur souvenir / ta meilleure expérience de l’Europe ?

Le meilleur souvenir pourrait évidemment provenir de ce voyage, mais comment en choisir un plutôt que tous les autres ? Mon meilleur souvenir ne sera donc ni un voyage récent ni une rencontre spécifique. Il remonte à 2005, juste avant le référendum sur le TCE (pour lequel j’étais d’ailleurs trop jeune pour voter). Je lisais une interview de Jacques Delors dans Le Nouvel observateur. A l’époque j’étais sensible à certains arguments du « non » : je rêvais d’une Europe plus juste et plus démocratique, qui ne démantèle pas les services publics, qui ne s’enferme pas dans des absurdités bureaucratiques… En l’espace de quelques réponses, Delors m’a convaincu de la nécessité de soutenir le TCE et d’accepter les compromis européens comme autant de « petits pas » dans la bonne direction. C’est un souvenir fort car c’est à ce moment plus qu’à aucun autre que j’ai compris que l’Europe était un rêve politique et qu’il fallait se battre pour l’atteindre.

 

Peux-tu nous présenter un monument de Paris que tu trouves particulièrement symbolique de la ville ?

J’ai choisi le Mur de la Paix, sous la Tour Eiffel. Bien entendu, la Tour Eiffel est le symbole universel de Paris, même si elle ne faisait pas l’unanimité à sa construction dans le cadre de l’expo universelle de 1889. Elle est érigée sur Champ de Mars. Mars étant le Dieu de la guerre, c’est un lieu hautement symbolique pour construire un Mur de la Paix, sur lequel est inscrit le mot « paix » dans toutes les langues. Je vois dans ce monument inauguré au début des années 2000 une image de l’Europe : elle aussi fut le théâtre de terribles conflits, mais ses peuples ont décidé de s’allier pour préserver la paix.


Parmi les œuvres culturelles représentatives de ton pays, laquelle/lesquelles souhaiterais-tu faire découvrir aux autres Européens ?

Le tableau La liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix, car il représente l’idéal politique révolutionnaire et républicain français. L’universalité de nos valeurs définit notre rapport au monde et nos voisins européens doivent découvrir ce tableau afin de mieux apprécier la philosophie politique française. Le tableau fut peint dans le contexte des Trois Glorieuses, trois jours (27, 28 et 29 juillet 1830) durant lesquels le peuple de Paris se révolta contre des lois liberticides du roi Charles X, qui fut remplacé par la « Monarchie de Juillet » de Louis-Philippe.

 

Inversement, quelle œuvre culturelle issue du patrimoine des autres Etats membres de l’UE t’a-t-elle le plus marqué(e) ?

Je pourrais dire Tintin, car il est belge et parce que les bandes-dessinées d’Hergé sont probablement les œuvres européennes qui ont eu le plus d’impact sur le petit enfant que j’étais. Mais je souhaite également citer Leonard de Vinci, qui représente la quintessence de la culture humaniste de la Renaissance, curieuse de la science et des voyages et fondée sur la beauté et la raison.

 

Penses-tu qu’il existe une identité européenne ? Si oui, quels en sont les éléments constitutifs ?

Avant mon tour d’Europe, je ne pouvais formuler que des hypothèses académiques sur les héritages d’une Histoire commune : la philosophie politique d’Athènes et de Rome, le rôle unificateur de Charlemagne et de la chrétienté médiévale, les échanges commerciaux et culturels de la Renaissance et des Lumières, les blessures des conquêtes napoléoniennes et des guerres du XXe siècle. Plus qu’une série de dates, cette Histoire de l’Europe occidentale a façonné les valeurs qui sont au coeur de notre identité européenne : liberté, égalité, justice, démocratie, Etat de droit et solidarité. Je suis convaincu qu’il existe un rêve européen distinct de l’American dream et des modèles des puissances émergentes. Ce rêve européen est celui d’une société équilibrée et émancipatrice. En un mot : l’humanisme.


De quels autres pays Européens te sens-tu le plus proche / le plus lointain, et pourquoi ?

Il est facile de répondre que notre degré de proximité est plus fort avec nos voisins directs, mais après avoir traversé toutes les capitales, j’ai des rencontres et des souvenirs à raconter sur chacune. J’espère vous avoir démontré que les 26 autres Etats membres ne sont pas si éloignés de nous et méritent d’être découverts !


L’Europe a-t-elle des frontières ? Si oui, lesquelles et sur quelle base les définis-tu ?

Cette question a un double sens. Les frontières internes ont disparu pour la plupart. C’est le sens du projet européen et il faut défendre cet acquis. Les frontières externes restent en revanche débattues. Le continent européen a des frontières géographiques beaucoup plus évidentes à l’ouest et au nord (Atlantique et Arctique) qu’à l’est et au sud (Oural, Bosphore, Méditerranée). Elles ne doivent pas être des limites infranchissables. A condition que la réforme des institutions permette de nouvelles adhésions et que les pays voisins adhèrent aux valeurs communes de l’UE, les frontières pourront être repoussées à moyen terme.

 

Quel est, selon toi, le problème le plus important de l’Europe aujourd’hui ?

Toutes les réponses entendues dans les interviews sont bonnes (crise financière, crise de l’euro, immigration, écologie, intégration, éducation…), mais pour moi la vraie menace politique en Europe aujourd’hui est la destruction du rêve européen par le consensus minimal : baisse du budget, remise en cause de l’espace Schengen et de la monnaie unique, poursuite de diplomaties parallèles, victoire des partis eurosceptiques… La réponse doit venir des citoyens. Le but de ce projet était de montrer l’importance de l’Europe pour la jeunesse, et donc pour l’avenir de nos pays respectifs. Puisque l’Europe est affaiblie, il faut nous engager résolument pour elle !

 

Penses-tu que l’UE fasse assez pour les jeunes et que souhaiterais-tu qu’elle fasse de plus pour toi ?

L’Union européenne a développé de nombreux programmes pour les jeunes, même s’ils ne sont accessibles qu’à une minorité privilégiée à l’heure actuelle. L’élargissement de ses programmes est en cours. Mais en cette période de crise économique et de chômage massif chez les jeunes, nous attendons plus de l’Europe. Elle doit reprendre les objectifs de la Stratégie de Lisbonne de 2000 et investir plus massivement dans l’éducation et les emplois d’avenir.

 

Qu’est-ce que ton pays peut apporter à l’Europe ?

L’Europe a besoin d’un nouveau souffle. La France doit montrer sa capacité à incarner un nouveau leadership, partagé avec l’Allemagne, l’Italie, le Benelux et les autres Etats-membres qui sont prêts à bâtir de nouveaux projets communs et à tirer l’Union vers le haut.

 

Quelle personnalité actuelle incarne-t-elle le mieux l’Europe à tes yeux ?

L’Europe en manque et la difficulté à répondre exprimée par la majorité des jeunes interrogés le prouve. Les générations précédentes ont eu Monnet puis Delors. Les jeunes d’aujourd’hui n’ont personne et ne s’identifient pas à l’Europe. Plus que le manque de courage politique, c’est le manque de vision des dirigeants politiques actuels qui est inquiétant au moment où la construction européenne est menacée.

 

Pour conclure, quel est ton rêve européen ?

Sur le plan individuel, je peux dire que j’ai réalisé une partie de mon rêve européen à travers ce projet. Cependant, l’Europe est collective par définition et je ne peux pas me satisfaire de ma seule chance personnelle. L’Europe de mes rêves est encore à construire : plus de politique, plus d’écologie, plus de démocratie, plus d’échanges, plus de connaissance de l’autre. Mon rêve européen c’est de voir la construction d’une Europe fédérale se poursuivre et qu’elle conserve une influence décisive dans le nouvel équilibre mondial. J’ai bon espoir que nous y arriverons un jour !